La reine des échecs

Je viens de terminer Birth of the Chess Queen de Yalom, livre que explore le règne des grandes reines du Moyen-Âge à la renaissance pour comprendre comment les mutations sociales ont introduit des changements dans les règles des échecs.
Le jeu des échecs aurait été initialement conçu en Inde au 6e siècle pour ensuite voyager en Perse puis en Espagne (11e siècle), puis l’Italie et l’Allemagne (13e siècle). Yalom note l’occupation Maure d’Espagne comme facteur important de dissémination des échecs en Europe occidentale, sans négliger les croisades.
 
J’ai adoré cette anecdote (p. 4-5) concernant les échecs et le backgammon située au 6e siècle, telle que relaté dans le poème épique perse (Book of Kings) écrit par le poète Firdausi (935-102 environ). Le raj Indien ayant déjà une version des échecs dans sa cour, a défié les sages du shah Perse à ce jeu. Ensuite, le shah aurait demandé à ses sages d’inventer un jeu, le « nard, » pour renvoyer la balle au raj. Le « nard » fut le précurseur au backgammon…
Les échecs ont longtemps fait partie de la vie des monarques et de leur cour. Avant que le jeu n’aie une reine dans la version Européenne, le roi avait un général (ou vizir) à ses côtés et ne se déplaçait gère plus que le roi. En Europe, le général fut tranquillement remplacé par un personnage féminin, la reine. L’autrisse note que les échecs ont longtemps fait partie des rituels amoureux au Moyen Âge et figuraient parmi les talents obligatoires de chevaliers, troubadours et autres courtisans. L’introduction graduelle de la reine, changement majeur, coïncide avec le règne de plusieurs reines fortes et puissantes en Europe, dont l’autrisse relate en détail, relevant des éléments fascinants pour divers royaumes allant du 11e siècle jusqu’à la renaissance.
L’auteur cite la publications de certains livres au milieu du 15e siècle qui proposaient des changements aux règlements, notamment en Espagne, où les règles de jeu furent modifiées pour conférer de nouveaux pouvoirs (déplacements) à la reine. Ces changements ont accéléré le jeu, ce qui a sonné le glas de son rôle dans les rites amoureux de l’époque et la domination par les homes de la scène professionnelle contemporaine.
Outre ces détails, je note les éléments suivants:
 1. Parlant des échecs en Russie lors du règne de Catherine 1762-1796, «Catherine II herself was very fond of the game, though she played it less frequently than whist, which was the standard after-dinner pastime at her court.» (p. 182-3) Cette affirmation est proposée sans source.
2. En Espagne, lors du règne d’Isabella de Castille à la fin du 15e siècle, «Board games were an established part of court life throughout Europe. During the fifteenth century, chess, dice, and backgammon were still highly favored, though they had an upstart rival in cards. Cards, introduced in the last quarter of the fourteenth century, were rapidly becoming as popular as chess, even if chess was still privileged by members of the nobility. Isabella’s royal contemporaries in France, Charlotte de Savoie, wife of Louis XI and mother of Charles VIII, and her daughter, the regent queen Anne de Beaujeu, were both dedicated chess players. Charles himself preferred backgammon and dice, but « never chess, where his sister Anne showed too much skill. »» (p. 204) La citation dans le texte de Yalom provient de Yvonne Labande-Mailfert, Charles VIII et son milieu (1470-1498) La jeunesse au pouvoir (Paris: Librairie C. Klincksieck, 1975), p. 143
3. «How was it that « queen’s chess » moved so quickly throughout Christendom? One of the factors was undoubtedly the invention of the printing press. […]Another factor may have been the expulsion of approximately two hundred thousand Jews from Spain in 1492 and their dispersion throughout Europe, Turkey and the Near East.» (p. 217)